Rencontre avec les architectes de l’Ecole Bleue

Nicholas Fouqueray de l’agence Kraft Architectes (mandataire) et Éric Mootz de
l’agence Mootz & Pelé reviennent sur la conception de l’École Bleue
Quels ont été les principaux défis techniques de ce projet ?
Le projet a constitué un défi technique dès la phase concours et jusqu’à sa livraison. La parcelle, un ruban de 120 mètres de long pour seulement 15 mètres de large, ne se
prêtait ni à la logique traditionnelle d’un chantier ni à l’idée d’un bâtiment compact.
Mais le premier défi technique a concerné la conception et la construction de la façade ouest. Avec plus de 100 m de long, elle se situe à l’aplomb du mur de soutènement du Périphérique, sur lequel le bâtiment ne pouvait s’appuyer. Afin de respecter l’alignement, la façade a donc dû être construite en porte-à-faux.
Comment avez-vous traité la relation avec le Périphérique ?
Le Périphérique est l’élément majeur du site et tout le projet a été dessiné par rapport à lui. Nous avons fait le pari qu’il était une source d’inspiration, jusque dans l’architecture pensée comme une émanation. Et nous souhaitions ouvrir l’école sur ce paysage, tout en garantissant le confort acoustique et thermique pour les étudiants.
Le rez-de-chaussée de la façade ouest est protégé par des pavés de verre qui filtrent la vue et laissent passer la lumière.
Dès le 1er étage, les pavés disparaissent pour laisser la place à des vitrages ouvrant la vue sur la ville et le grand paysage. Ils accompagnent la rampe intérieure qui court sur les deux
niveaux supérieurs.
Le choix d’implanter le bâtiment au plus près du Périphérique a par ailleurs permis de libérer de l’espace et de créer des jardins côté rue Bernard Lecache.
Comment avez-vous pensé l’espace pour qu’il réponde aux besoins des étudiants, des enseignants et aux différents usages ?
Notre ambition était de concevoir un bâtiment orchestrant des espaces hors normes, tourné vers la réussite du parcours pédagogique des étudiants et des professeurs.
C’est pourquoi le bâtiment, côté Périphérique, est organisé avec des espaces ouverts : un atrium sur trois niveaux, à la fois hall et amphithéâtre, constitue le cœur de l’école. Il permet d’organiser des conférences, des réunions informelles, et aux étudiants de se poser sur les gradins de l’amphithéâtre.
Une circulation longeant la façade dessert les salles de classe et crée une continuité intérieure fluide, sans portes pour cloisonner les parcours.
Nous souhaitions des circulations les moins contraintes possible, afin de décloisonner les usages et encourager la vie sociale de l’école.
Toutes les salles de cours s’ouvrent sur la rue Bernard Lecache et disposent de fenêtres ouvrantes. Un roof top en R+1 accueille les événements.
Côté nord, le FabLab, atelier de travail des étudiants avec ses imprimantes 3D, une presse et ses grosses machines, est mis en avant sur la ville. Depuis la rue chacun aperçoit les étudiants s’activer.
Au rez-de-chaussée côté sud, le foyer s’ouvre sur le jardin. Dans quelques années, il développera une belle canopée grâce aux 24 arbres plantés.
Le projet assume par ailleurs une ambition environnementale forte. Il est labellisé BBCA, Energie +/Carbone E3C1 et certifié HQE®. Les matériaux biosourcés ont été privilégiés. Tous les planchers intérieurs sont en bois et les architectes ont évité au maximum les peintures, les cloisons et les faux plafonds, pour un bâtiment le plus décarboné possible.